Marc Camille Chaimowicz · 4 min de lecture
La Suite de Varsovie fait revenir la peinture
Des panneaux mobiles et des tableaux rapprochés donnent au retour de Chaimowicz à la peinture une forme qui reste proche de l’installation.
Publié le 3 octobre 2026
Le retour à la peinture ne se présente pas toujours comme le retour à un cadre accroché sur un mur. Avec La Suite de Varsovie, Marc Camille Chaimowicz réunit des surfaces peintes dans un dispositif qui maintient la question de leur emplacement. Le guide du MAMC+ situe l’ensemble en 1993-1994 et décrit une série réalisée dans les années 1990 à 1994. Le Migros Museum insiste sur les panneaux de bois appuyés contre la paroi et sur les peintures présentées avec eux. Le tableau revient, mais son environnement revient dans le tableau.
Cette période compte dans le parcours de l’artiste. Les documents du MAMC+ expliquent qu’il retrouve la peinture après s’être éloigné de ses premières productions. Le mot retour pourrait faire croire à un abandon des expériences intermédiaires. L’œuvre invite à une lecture plus ouverte. Les installations, les motifs décoratifs et les relations entre objets ont changé la manière d’aborder une surface. Reprendre la peinture ne signifie pas effacer ce qui a été appris dans d’autres formes. Cela peut permettre de poser autrement des questions qui avaient semblé appartenir à un seul médium.
Les supports occupent une place importante dans cette proposition. Le guide du Migros Museum souligne que les surfaces, d’abord susceptibles d’évoquer la toile, sont en réalité des panneaux de bois peu coûteux. La découverte du matériau modifie le regard sans annuler l’image. Ce qui semblait stable et familier reçoit une autre qualité matérielle. Le support ne se tient plus à l’arrière-plan comme une condition oubliée. Il participe à la manière dont l’ensemble est reçu, notamment lorsqu’il reste mobile et qu’il s’appuie plutôt qu’il ne s’installe définitivement sur la paroi.
Les motifs décoratifs rapprochent les différentes surfaces. La peinture ne demande pas uniquement que l’on distingue chaque tableau comme un objet entièrement autonome. Elle engage aussi des répétitions et des relations d’ensemble. L’accumulation peut changer notre façon de regarder une image isolée. Nous sommes invités à circuler entre des éléments dont les ressemblances comptent autant que les différences. L’œuvre prend alors une dimension spatiale : les tableaux ont un voisinage, et ce voisinage peut contribuer à leur effet au lieu d’être traité comme un simple arrangement secondaire.
Le guide du MAMC+ mentionne plusieurs techniques, notamment l’huile sur toile et des interventions au charbon, à l’encre, à l’acrylique ou au pastel sur d’autres supports. Cette diversité fait apparaître une peinture qui ne se résume pas à une recette unique. Les matériaux permettent des présences différentes, du trait à la plage colorée. Nous ne pouvons pas reconstituer à partir de la notice tous les gestes d’exécution. Nous pouvons en revanche reconnaître que le retour au médium conserve un goût pour les associations et pour les passages entre plusieurs façons de produire une forme.
Le Migros Museum met également en évidence la présence de sièges dans ce contexte. Ils peuvent inviter à une contemplation familière au musée, tandis que les panneaux mobiles rendent l’organisation moins définitive. Cette coexistence mérite l’attention. Le visiteur reçoit un signe d’accueil, un endroit où s’arrêter, mais l’œuvre ne se laisse pas réduire à une immobilité parfaite. Le regard peut prendre le temps de la peinture tout en percevant que son dispositif est construit et susceptible d’être déplacé. La contemplation devient une situation, plutôt qu’une règle invisible.
La Suite de Varsovie raconte donc un retour qui reste traversé par les déplacements. Chaimowicz reprend des moyens picturaux, les rapproche de motifs et les présente sur des supports qui participent à l’expérience. Les œuvres ne perdent pas leur identité ; elles gagnent des relations. Cette histoire permet de comprendre qu’une pratique artistique n’avance pas uniquement en quittant des formes pour les suivantes. Elle peut revenir, enrichie par ses détours. La peinture reparaît dans un espace qui a changé, et le spectateur découvre que le mot tableau peut encore contenir une question sur la pièce qui l’accueille.



