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Journal de la galerie

Marc Camille Chaimowicz · 4 min de lecture

Basel Sequence : le motif qui devient une paroi

Cinq panneaux peints de 2011 placent le motif décoratif entre tableau et architecture. Leur échelle transforme la relation du spectateur à la peinture.

Publié le 3 octobre 2026

Basel Sequence peut être décrite comme une suite de cinq panneaux, mais cette définition ne règle pas sa place dans l’espace. L’œuvre de Marc Camille Chaimowicz, datée de 2011, est conservée au Centre Pompidou. Chaque panneau de contreplaqué mesure environ 244,48 sur 121,92 centimètres. Acrylique, graphite et pastel interviennent sur ces surfaces. Le musée indique des dimensions d’ensemble variables. Ce dernier renseignement est essentiel : les éléments sont identifiables, mais leur relation à l’espace ne se réduit pas à un seul rectangle définitivement mesuré.

L’échelle rapproche les panneaux d’une paroi. Ils dépassent la hauteur ordinaire d’un corps et peuvent modifier la perception d’un lieu. Nous sommes loin du petit tableau que l’on regarde de près avant de passer au suivant. Le visiteur peut éprouver une présence architecturale, tout en reconnaissant des surfaces peintes. Cette hésitation ne résulte pas d’un manque de définition. Elle constitue une possibilité de l’œuvre : la peinture peut prendre en charge une portion d’espace et devenir l’un des éléments qui organisent notre déplacement ou notre arrêt.

La notice du Centre Pompidou met en évidence une autre hésitation, entre les motifs et leur exécution. L’ornement peut sembler appartenir au monde de la répétition décorative, alors que la peinture est réalisée à la main. Ce rapprochement oblige à regarder plus attentivement ce que nous croyons reconnaître. Une forme qui évoque la reproduction industrielle ne perd pas nécessairement les traces d’un geste singulier. Elle peut faire entrer dans le tableau une apparence de série et, dans cette apparence, laisser subsister la différence d’une exécution matérielle.

Les trois matériaux cités donnent au projet plusieurs moyens de construire sa surface. La peinture acrylique, le graphite et le pastel ne produisent pas exactement le même type de marque. La notice ne nous permet pas de reconstituer l’ordre précis de tous les gestes, mais elle empêche de réduire le résultat à un papier imprimé collé sur un mur. Ce que l’œuvre fait voir comme motif se forme sur un support travaillé. Le regard peut donc osciller entre l’ensemble décoratif et les particularités de ce qui a été déposé sur chaque panneau.

Chez Chaimowicz, ce passage entre décoration et œuvre n’est pas un accident isolé. Les expositions consacrées à sa pratique réunissent meubles, tissus, peintures et installations. Basel Sequence offre une forme particulièrement nette de cette circulation. Le contreplaqué ne porte pas seulement une image ; il peut prendre une fonction dans la présentation. La surface se rapproche d’une cimaise, tandis que son ornement attire l’attention sur elle. Ce qui pourrait être perçu comme un simple fond devient un objet à regarder. L’environnement du tableau entre, à son tour, dans le champ de l’œuvre.

La fiche précise que Basel Sequence entre dans la collection en 2022, grâce à un don des American Friends of the Centre Pompidou. L’année de création et celle de l’entrée au musée ne se confondent donc pas. Ce décalage rappelle qu’une œuvre dispose de plusieurs chronologies : celle de sa fabrication, celle de ses présentations, puis celle de sa conservation institutionnelle. Le musée stabilise son identification et ses matériaux, sans effacer la variabilité annoncée de son installation. Conserver n’implique pas toujours de figer une seule disposition.

Devant cette suite, la question du cadre peut ainsi se déplacer. Nous cherchons souvent la limite qui sépare un tableau de son mur. Basel Sequence fait travailler cette limite à l’échelle du visiteur. La peinture possède un support ; le support évoque une paroi ; la paroi devient une présence visuelle. Le motif nous attire vers la surface, puis nous reconduit à l’espace. Chaimowicz donne à l’ornement une capacité d’organisation, et au panneau une double vie. Il peut être regardé comme une œuvre tout en nous rappelant les formes qui rendent possible le regard sur les autres œuvres.

Sources et repères

Œuvres disponibles · Marc Camille Chaimowicz

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