Aller au contenu
Swiss Art GalleryGalerie & vente d’artSt-Prex · Suisse
Journal de la galerie

Marc Camille Chaimowicz · 4 min de lecture

Four Rooms : entrer dans un magasin, regarder un théâtre

En 1984, Chaimowicz participe à une commande pour Liberty à Londres. Son intérieur se présente à distance, avec un mobilier conçu pour faire image.

Publié le 3 octobre 2026

En 1984, le magasin Liberty, à Londres, devient le cadre de Four Rooms. Michael Regan invite quatre artistes, dont Anthony Caro et Richard Hamilton, à concevoir des propositions. Marc Camille Chaimowicz prépare un intérieur dont le guide du MAMC+ souligne le caractère théâtral. Le visiteur le regarde à distance. Cette situation distingue l’ensemble d’un appartement ouvert à la libre circulation ou d’un espace où l’artiste accueille directement son public. Le lieu semble proposer une habitation, mais cette habitation se présente comme une scène.

La commande dans un magasin est particulièrement féconde pour un artiste attentif au mobilier et aux arts décoratifs. Le commerce présente quotidiennement des objets destinés à la vie privée. Chaimowicz prend ce voisinage au sérieux tout en le déplaçant. Le meuble ne se contente plus de montrer ce que l’on pourrait acheter ou utiliser. Il participe à une composition que l’on contemple. La destination commerciale du bâtiment demeure un contexte réel ; l’œuvre introduit une autre relation entre les objets et les personnes qui passent devant eux.

Le guide de l’exposition décrit un ensemble de mobilier dans des tons gris et bleus. Il mentionne notamment Desk On Decline, un bureau incliné, ainsi qu’une console aux lignes aiguës, une forme pyramidale et un luminaire d’Eileen Gray. Nous pouvons suivre ces éléments sans inventer un occupant. Leur rapprochement produit une cohérence de présentation, mais leur usage n’est pas nécessairement ordinaire. Le bureau attire l’attention précisément parce que sa position trouble l’attente associée à son nom. Le meuble familier acquiert une présence qui dépasse sa fonction habituelle.

Un paravent courbe, percé de trois ouvertures, permet selon le guide de regarder d’un côté et de l’autre. Cette possibilité crée une circulation du regard là où un écran servirait normalement à séparer ou à dissimuler. L’objet maintient une division tout en la rendant traversable. Il illustre bien la logique de l’ensemble : les éléments d’un intérieur sont reconnaissables, mais les relations qu’ils proposent sont déplacées. Nous croyons savoir à quoi sert un meuble, puis sa forme nous invite à envisager une autre expérience.

Four Rooms comporte également une présence photographique. Rachel et Graham sont associés à une série de trente-six diapositives montrant des figures dans le décor. Le guide présente ce travail comme une manière d’animer l’intérieur. Il ne faut pas transformer ces images en preuve d’une vie quotidienne réelle dans le magasin. Elles appartiennent à la construction de la scène. Les personnes photographiées ajoutent néanmoins une dimension humaine : un ensemble d’objets devient un environnement possible, et cette possibilité peut se raconter par des attitudes plutôt que par une action longue.

Regarder à distance change le rôle du public. Nous ne sommes pas obligés d’essayer un siège ou d’ouvrir un rangement pour prendre part à l’œuvre. Notre participation passe par une projection. Nous comparons des formes, nous reconnaissons des usages et nous constatons leurs écarts. La scène ne raconte pas une journée précise. Elle offre un intérieur dont la cohérence tient aux relations entre couleurs, volumes et ouvertures. L’absence d’une histoire imposée laisse au spectateur la place de mesurer ce que les objets lui suggèrent.

La présentation de Four Rooms dans les documents du MAMC+ en 2022 permet de revenir sur cette expérience de 1984. Le magasin et le musée ne donnent pas le même cadre, mais le travail conserve sa question centrale : comment faire d’un intérieur une forme de regard ? Chaimowicz compose avec des choses auxquelles nous sommes habitués à demander un service. Il leur demande aussi de produire une image. Le théâtre domestique naît dans cet écart. Sa présentation maintient une distance utile : la pièce peut être désirée comme un lieu de vie tout en restant offerte comme un spectacle. Nous restons devant un espace reconnaissable, et pourtant les meubles semblent nous apprendre à regarder autrement ce que nous appelons simplement une pièce.

Sources et repères

Œuvres disponibles · Marc Camille Chaimowicz

Poursuivre la découverte

Marc Camille Chaimowicz — Shoe Waste?
Crédits de l’image© Marc Camille Chaimowicz · Fonds d’art contemporain – Paris Collections · Photo : Julien Vidal / Parisienne de Photographie

Marc Camille Chaimowicz — Shoe Waste? (1971–2005), photographie de la série conservée par Paris Collections.

© Marc Camille Chaimowicz · Fonds d’art contemporain – Paris Collections · Photo : Julien Vidal / Parisienne de Photographie

Source de l’image

Marc Camille Chaimowicz · 4 min de lecture

Des chaussures sans leurs paires

Shoe Waste? réunit des chaussures usées peintes en argent. La perte des paires transforme un objet attaché au corps en une présence collective sur le sol.

Marc Camille Chaimowicz — La Suite de Varsovie, 1993–1994
Crédits de l’image© Marc Camille Chaimowicz · Collection FRAC Bourgogne, Dijon · Photo : A. Mole / MAMC+ · Courtoisie de l’artiste et Cabinet, Londres

Marc Camille Chaimowicz — La Suite de Varsovie (1993–1994), détail présenté au MAMC+ : motifs décoratifs et peinture réunis sur de grands panneaux.

© Marc Camille Chaimowicz · Collection FRAC Bourgogne, Dijon · Photo : A. Mole / MAMC+ · Courtoisie de l’artiste et Cabinet, Londres

Source de l’image

Marc Camille Chaimowicz · 4 min de lecture

La Suite de Varsovie fait revenir la peinture

Des panneaux mobiles et des tableaux rapprochés donnent au retour de Chaimowicz à la peinture une forme qui reste proche de l’installation.

Marc Camille Chaimowicz — Spice Container, 2018
Crédits de l’image© Marc Camille Chaimowicz · The Jewish Museum, New York · Collection 2019-35

Marc Camille Chaimowicz — Spice Container (2018), boîte à épices en argent. The Jewish Museum, New York.

© Marc Camille Chaimowicz · The Jewish Museum, New York · Collection 2019-35

Source de l’image

Marc Camille Chaimowicz · 4 min de lecture

Quatorze centimètres d’argent, entre Londres et le Mexique

Spice Container, conçu en 2018, rend visible la coopération entre un artiste et une fabrication. Le Jewish Museum conserve cet objet de petite échelle.