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Journal de la galerie

Marc Camille Chaimowicz · 4 min de lecture

Des rideaux pour la façade de Mies

En 2008, les tissus de Chaimowicz rencontrent les grandes surfaces vitrées de la Neue Nationalgalerie à Berlin. Un geste décoratif modifie la manière de voir une architecture.

Publié le 3 octobre 2026

Les rideaux appartiennent si bien à notre idée d’un intérieur que leur apparition au musée pourrait passer pour un détail pratique. Avec MvdR Curtains, Marc Camille Chaimowicz en fait un point de rencontre entre textile et architecture. Le guide du MAMC+ situe cette réalisation en 2008, pour la Biennale de Berlin, à la Neue Nationalgalerie. Le bâtiment de Mies van der Rohe, ouvert en 1968, offre de grandes surfaces vitrées. Un tissu imprimé vient les accompagner. Les initiales MvdR inscrites dans le titre désignent l’architecte et rendent explicite ce dialogue.

Le verre propose une relation directe entre intérieur et extérieur. Il laisse entrer la lumière et donne des vues. Un rideau introduit une couche supplémentaire : il peut filtrer, recouvrir, rythmer ou donner à une ouverture la qualité d’une surface. Nous ne devons pas attribuer au dispositif un effet uniforme pour toutes les heures et tous les emplacements. Son principe suffit à déplacer la situation. L’architecture ne disparaît pas ; elle reçoit un élément souple qui modifie sa lecture et rend perceptible la possibilité d’un autre degré d’intimité.

Le guide distingue le tissu, désigné MvdR Fabric, et les rideaux qui en résultent. Il indique un matériau synthétique imprimé. Cette précision est utile : l’œuvre passe d’un motif à une surface produite, puis d’une surface à un élément installé. Le dessin n’est pas seulement exposé pour lui-même. Il doit se développer sur une longueur et rencontrer les plis, les retombées et les variations de visibilité d’un textile. Les qualités du motif sont alors éprouvées dans un matériau capable de changer de forme sans changer de dessin.

Chaimowicz travaille les textiles depuis bien avant cette présentation berlinoise. Le document du MAMC+ rappelle des premiers dessins réalisés pour ce domaine à Lyon en 1983. Le projet de 2008 n’apparaît donc pas comme un détour improvisé par un peintre qui découvrirait soudain un usage décoratif. Il prolonge une pratique dans laquelle les motifs circulent entre les supports. Cette circulation est importante pour comprendre l’œuvre : ce que l’on nomme décoration peut devenir un moyen de composer une situation de regard à l’échelle d’une architecture.

Le titre des rideaux invite aussi à regarder la relation avec Mies sans la réduire à une opposition. Nous pourrions raconter le textile comme une attaque contre le bâtiment moderne, mais le document ne fournit pas un tel programme. Il établit une rencontre. Le matériau souple s’ajoute à des surfaces rigoureusement définies ; le motif introduit une autre fréquence visuelle. Ces éléments peuvent coexister, se souligner ou se contrarier selon la perception. L’intérêt de l’œuvre réside dans la relation qu’elle ouvre, plutôt que dans une victoire déclarée d’un langage sur l’autre.

Le public reçoit ainsi un environnement dont un élément ordinaire devient particulièrement visible. Beaucoup de rideaux sont remarqués surtout lorsqu’ils empêchent de voir. Ici, ils appellent eux-mêmes le regard. Le textile fait partie de ce que l’on vient rencontrer. Sa présence rappelle que l’intérieur d’un bâtiment ne se réduit pas à son enveloppe permanente. Des objets, des tissus et des dispositions peuvent en changer l’expérience. Le musée n’est pas un volume neutre qui attend les œuvres ; il peut devenir l’un des matériaux avec lesquels elles se construisent.

MvdR Curtains donne donc au motif une ampleur inhabituelle. Une forme dessinée rejoint une fabrication, puis une façade vitrée et des visiteurs en mouvement. Le tissu conserve sa proximité avec les usages domestiques, mais son installation engage un lieu public emblématique. Chaimowicz fait travailler ce changement d’échelle sans effacer l’objet familier. Des rideaux restent des rideaux, avec leur capacité à filtrer et à envelopper. Ils deviennent aussi une proposition sur la façon d’habiter un espace de musée. Le regard découvre que la souplesse peut donner une nouvelle présence à ce qu’il croyait déjà connaître.

Sources et repères

Œuvres disponibles · Marc Camille Chaimowicz

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