Aller au contenu
Swiss Art GalleryGalerie & vente d’artSt-Prex · Suisse
Journal de la galerie

Johann Heinrich Füssli · 5 min de lecture

La fenêtre derrière une silhouette de dos

Une lithographie de 1802 montre une femme tournée vers une fenêtre. Le dos, le bras tendu et les étoffes permettent à Füssli de construire une présence sans portrait frontal.

Publié le 3 octobre 2026

Nous voyons d’abord un dos. La femme représentée par Füssli est assise de biais, un bras allongé vers la droite, l’autre main posée sur le siège. Le visage reste en grande partie hors de notre portée. Cette position crée une relation inhabituelle : la figure occupe presque tout l’espace et paraît très proche, tout en gardant pour elle ce qu’elle regarde. La fenêtre annoncée dans le titre devient ainsi une direction plutôt qu’un paysage offert au spectateur.

La feuille conservée à la National Gallery of Art date de 1802. Le musée la décrit comme une lithographie à la plume et à l’encre lithographique. Elle appartient à l’ensemble intitulé Specimens of Polyautography. Il faut donc la regarder comme une image imprimée, même si les traits conservent quelque chose de la vivacité d’un dessin. Le travail de l’artiste prend une forme susceptible de circuler, et la représentation d’une scène resserrée entre dans une expérience technique plus vaste.

Observation de l’œuvre — Le cou et le haut du dos forment une zone claire au centre des tissus. La coiffure rassemble les cheveux en une masse précise. Autour, les manches, le rideau et les coussins multiplient les marques et les motifs. La robe se déploie largement dans le bas de l’image. Cette abondance ne recouvre pas entièrement la figure : elle permet au contraire de mesurer la façon dont son corps se tourne et prend appui dans un intérieur.

Le bras tendu établit une ligne presque horizontale, tandis que le mouvement du vêtement descend en diagonale. Le spectateur peut suivre successivement ces deux directions. L’une conduit vers le bord droit et l’ouverture ; l’autre revient vers le siège et la surface imprimée. La posture organise ainsi un aller et retour entre un dehors à peine accessible et un intérieur très présent. Il n’est pas nécessaire de connaître un récit pour ressentir ce partage de l’attention.

Les traits noirs remplissent plusieurs fonctions. Une suite serrée de lignes produit une ombre ; quelques marques croisées donnent une texture ; un contour plus isolé définit une main ou un pli. Le blanc du papier reste actif entre ces interventions. L’image tient à cette alternance de densité et de réserve. Vue rapidement, elle peut paraître descriptive. Observée de près, elle révèle une construction où l’épaisseur du tissu et l’orientation du corps reposent sur des différences de rythme.

La fenêtre invite facilement à une interprétation psychologique. Attend-elle quelqu’un ? Se retire-t-elle d’une conversation ? Le document ne répond pas à ces questions, et le titre n’annonce aucun événement précis. Nous pouvons reconnaître une figure tournée vers une ouverture sans lui attribuer une attente ou une mélancolie certaine. Cette retenue donne à la pose sa force. La personne représentée conserve une part d’inaccessibilité que la proximité de son corps ne suffit pas à supprimer.

Le siège et les coussins établissent un espace de confort, mais ils jouent également un rôle dans la composition. Leurs volumes soutiennent la figure et prolongent les directions du vêtement. Le décor n’est pas une liste d’accessoires ajoutés après le sujet. Il rend la posture lisible. Un regard qui se concentre seulement sur la tête manquerait ce réseau d’appuis, de courbes et de surfaces par lequel l’ensemble donne l’impression d’un corps installé et néanmoins mobile.

Le musée a présenté cette feuille dans plusieurs expositions consacrées à la lithographie et à l’art britannique. Elle peut donc être regardée depuis deux histoires complémentaires : celle des images conçues par un artiste suisse établi en Angleterre, et celle d’un procédé d’impression. Ces cadres ne doivent pas remplacer l’observation. Ils l’enrichissent en rappelant que la singularité d’une pose peut parvenir jusqu’à nous à travers une technique, une édition et la conservation d’un exemplaire particulier.

À la fin, le visage demeure tourné et le bras reste ouvert vers la fenêtre. Le regard extérieur n’obtient aucune révélation supplémentaire. Il a cependant parcouru une image où l’attention se distribue entre peau, cheveux, motifs et plis. Füssli réussit à donner de la présence sans exiger la rencontre frontale habituelle du portrait. La scène continue de nous tenir à la place qu’elle nous a accordée : tout près de la figure, mais derrière elle, au seuil de ce qu’elle voit.

Sources et repères

Poursuivre la découverte

Johann Heinrich Füssli — Satan défiant les puissances du ciel
Crédits de l’imageJohann Heinrich Füssli · Satan défiant les puissances du ciel · Wikimedia Commons · CC0 · Henry Fuseli

Johann Heinrich Füssli — « Satan défiant les puissances du ciel ».

Johann Heinrich Füssli · Satan défiant les puissances du ciel · Wikimedia Commons · CC0 · Henry Fuseli

Source de l’image Licence

Redimensionnement proportionnel et conversion WebP, sans recadrage.

Johann Heinrich Füssli · 5 min de lecture

Deux faces d’une révolte au ciel

Deux dessins conservés sur les faces d’une même feuille donnent au défi de Satan des gestes différents. Füssli travaille la tension d’un corps, d’une main et d’un espace de lavis.

Johann Heinrich Füssli — L’Enlèvement de Ganymède
Crédits de l’imageJohann Heinrich Füssli · L’Enlèvement de Ganymède · Wikimedia Commons · CC0 · Henry Fuseli

Johann Heinrich Füssli — « L’Enlèvement de Ganymède ».

Johann Heinrich Füssli · L’Enlèvement de Ganymède · Wikimedia Commons · CC0 · Henry Fuseli

Source de l’image Licence

Redimensionnement proportionnel et conversion WebP, sans recadrage.

Johann Heinrich Füssli · 5 min de lecture

Ganymède entre dans la lithographie

En 1804, Füssli fait entrer Ganymède dans une expérience de lithographie. L’action mythologique prend la forme d’un mouvement de corps et de draperies, conservé dans une estampe de Washington.

Johann Heinrich Füssli — Œdipe maudissant son fils Polynice
Crédits de l’imageJohann Heinrich Füssli · Œdipe maudissant son fils Polynice · Wikimedia Commons · CC0 · Henry Fuseli

Johann Heinrich Füssli — « Œdipe maudissant son fils Polynice ».

Johann Heinrich Füssli · Œdipe maudissant son fils Polynice · Wikimedia Commons · CC0 · Henry Fuseli

Source de l’image Licence

Redimensionnement proportionnel et conversion WebP, sans recadrage.

Johann Heinrich Füssli · 5 min de lecture

Œdipe transforme la parole en geste

En 1786, Füssli présente à Londres une malédiction tirée de Sophocle. Les quatre personnages d’Œdipe maudissant son fils Polynice transforment la parole tragique en un réseau de bras, de mains et de corps qui se retiennent.