Aller au contenu
Swiss Art GalleryGalerie & vente d’artSt-Prex · Suisse
Journal de la galerie

Ferdinand Hodler · 5 min de lecture

Quinze jours pour donner un rythme au Léman

Au printemps 1904, Hodler séjourne à Chexbres après son succès viennois. Devant un panorama familier, il entreprend une série où le lac devient une vaste forme colorée, immédiatement accueillie dans une collection publique.

Publié le 3 octobre 2026

Un paysage peut commencer bien avant que le peintre installe sa toile. Pour Ferdinand Hodler, la vue de Chexbres appartient d’abord aux voyages entre Berne et Genève. Depuis les hauteurs de Lavaux, le Léman apparaît soudain dans toute son étendue. Il connaît ce panorama, le reprend dès 1895, puis y revient au printemps 1904. Cette fois, il reste. Après l’exposition de la Sécession viennoise qui a consolidé sa réputation européenne, il s’installe à la fin d’avril à l’hôtel Bellevue pour une quinzaine de jours. Une halte devient un chantier de peinture.

Le tableau conservé à Lausanne ouvre la nouvelle série de vues. Sa destination est remarquable : le Musée cantonal des Beaux-Arts l’acquiert l’année même de sa réalisation. L’œuvre n’attend donc pas une consécration posthume pour entrer au musée. L’institution avait déjà acheté un paysage de Hodler en 1894 ; elle accompagne désormais une recherche qui transforme un lieu bien connu en une proposition picturale très personnelle. Cette continuité entre l’artiste et le musée compte autant que la célébrité nouvelle obtenue à Vienne.

Observation de l’œuvre — Dans la reproduction publiée par le MCBA, le bleu du lac occupe presque toute la largeur. Le rivage forme une courbe qui descend à droite et revient vers le bord inférieur. Des maisons, des chemins et des surfaces vertes restent lisibles, mais petits devant l’eau. Très loin, une bande de terre ferme l’espace. Au-dessus, les nuages se succèdent presque sur une même ligne ; leurs échos plus diffus se retrouvent dans le lac. Le ciel paraît immense, pourtant la nappe bleue conserve le rôle principal. Le regard peut parcourir le rivage, puis se laisser ramener vers cette grande surface calme.

Cette organisation permet deux façons d’entrer dans le tableau. On peut chercher Cully, reconnaître la rive et suivre les terrasses. On peut aussi laisser les noms de lieux en suspens pour regarder comment les formes s’accordent. L’ellipse du lac répond à l’horizontalité du ciel ; le vert de la terre rend le bleu plus sensible. Aucun détail ne demande que l’on interrompe longuement cette circulation. L’œuvre offre ainsi au promeneur une géographie et au regard une structure. Les deux expériences se soutiennent sans se confondre.

Hodler ne s’en tient pas à reproduire une impression passagère. Le musée d’Orsay rappelle qu’il étudie les sites sur le motif, puis compose des paysages où l’observation topographique rencontre la simplification. Sa recherche du parallélisme, fondée sur la répétition et la symétrie, trouve dans l’eau et les nuages un terrain particulièrement favorable. Il n’est pas nécessaire de connaître cette théorie pour éprouver le tableau. Elle aide cependant à comprendre pourquoi un paysage qui semble si ouvert tient avec autant de fermeté.

Le séjour de Chexbres donne aussi une autre mesure du travail en série. Revenir au même motif n’oblige pas à produire la même expérience. Le lieu constitue un point d’appui : ce qui demeure permet de rendre plus sensibles les décisions du peintre. Un cadrage, une intensité de bleu, le poids d’un reflet changent la relation entre la terre et l’eau. Dans cette première toile de 1904, le format allongé favorise une respiration large. La peinture organise la durée du regard autant qu’elle décrit une étendue.

Il serait facile d’opposer le succès public de Vienne à la solitude d’un hôtel face au lac. Les documents ne nous autorisent pas à raconter ce que Hodler ressent précisément pendant ces journées. Ils montrent plutôt la proximité de deux activités : exposer une œuvre déjà accomplie et reprendre le travail devant un paysage. La reconnaissance ne ferme pas la recherche. À Chexbres, elle coïncide avec un retour, et ce retour produit une forme nouvelle plutôt qu’un simple souvenir de voyage.

Aujourd’hui, le tableau conserve quelque chose de cette halte. Il ne raconte ni l’arrivée du train ni les journées de l’hôtel ; il donne à voir ce qu’un lieu familier peut devenir lorsqu’on lui accorde une attention renouvelée. Le bleu n’est pas seulement celui d’un beau lac suisse. Il relie les rives, les nuages et le temps que nous passons devant l’œuvre. Les quinze jours de Hodler à Chexbres se prolongent ainsi dans une expérience très simple : rester un peu plus longtemps que prévu devant une vue que l’on croyait connaître.

Sources et repères

Poursuivre la découverte

Ferdinand Hodler — Figures d’Eurythmie
Crédits de l’imageFerdinand Hodler · Figures d’Eurythmie · Wikimedia Commons · Public domain

Ferdinand Hodler — « Figures d’Eurythmie ». Une autre œuvre de l’artiste, en écho au récit.

Ferdinand Hodler · Figures d’Eurythmie · Wikimedia Commons · Public domain

Source de l’image Licence

Redimensionnement proportionnel et conversion WebP, sans recadrage.

Ferdinand Hodler · 5 min de lecture

Cinq marcheurs, un mouvement que rien ne presse

Avec Eurythmie, Hodler fait d’une progression humaine une composition d’une grande lenteur. Achevée en 1895 puis acquise à Berne en 1901, l’œuvre demande de suivre les différences au cœur d’un groupe.

Ferdinand Hodler — Vieillard assis, étude pour Les Âmes déçues ou Les Las de vivre
Crédits de l’imageFerdinand Hodler · Vieillard assis, étude pour Les Âmes déçues ou Les Las de vivre · Wikimedia Commons · Public domain

Ferdinand Hodler — « Vieillard assis, étude pour Les Âmes déçues ou Les Las de vivre ». Une autre œuvre de l’artiste, en écho au récit.

Ferdinand Hodler · Vieillard assis, étude pour Les Âmes déçues ou Les Las de vivre · Wikimedia Commons · Public domain

Source de l’image Licence

Redimensionnement proportionnel et conversion WebP, sans recadrage.

Ferdinand Hodler · 5 min de lecture

Des âmes réunies qui ne se consolent pas

Les Âmes déçues présente un groupe de vieillards dont les attitudes se répondent. Cette peinture de 1892, acquise à Berne en 1901, fait du rapprochement des corps une expérience qui demeure sans solution facile.

Ferdinand Hodler — Le petit platane
Crédits de l’imageFerdinand Hodler · Le petit platane · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 · Jl FilpoC

Ferdinand Hodler — « Le petit platane ». Une autre œuvre de l’artiste, en écho au récit.

Ferdinand Hodler · Le petit platane · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0 · Jl FilpoC

Source de l’image Licence

Redimensionnement proportionnel et conversion WebP, sans recadrage.

Ferdinand Hodler · 5 min de lecture

Le marcheur qui entre dans l’ordre des arbres

Vers 1885, Hodler peint un promeneur parmi les troncs. Cette petite scène invite à suivre le passage entre une présence individuelle et le rythme d’une forêt, bien avant les grands décors symbolistes.