François Diday · 5 min de lecture
L’arbre tombé que le peintre voulait garder
Un petit Arbre déraciné, aujourd’hui attribué à Diday, rappelle la valeur que le peintre accordait à ses études d’après nature. Les racines et les souches ouvrent une rencontre plus proche avec le paysage, loin de son seul aspect monumental.
Publié le 3 octobre 2026
Mis à l’honneur le 17 octobre 2026
Diday tenait à ses études. À la fin de sa vie, il les considérait comme une part particulièrement importante de son travail et demandait qu’on respecte l’attachement qu’il leur portait. La Fondation Custodia rapporte ce témoignage dans la notice d’un petit Arbre déraciné qu’elle attribue à l’artiste. Le rapprochement est suggestif : là où l’on pourrait ne voir qu’un exercice préparatoire, le peintre voyait une œuvre à laquelle il tenait. Une souche et des racines peuvent ainsi nous approcher de sa pratique aussi sûrement qu’un panorama de montagne.
Il faut commencer par la précision du catalogue : l’étude est attribuée à François Diday. Son auteur n’est donc pas présenté avec le même degré de certitude que celui d’une toile signée sans réserve. La peinture, une huile sur toile de 21,6 sur 29,3 centimètres, appartient à la Collection Frits Lugt, à Paris. Une inscription conduit les spécialistes à proposer une exécution près de Belalp, dans les Alpes suisses. Cette indication demeure liée à la lecture du document matériel; elle ne suffit pas à reconstituer une excursion particulière.
Observation de l’œuvre — Sur l’image de la Fondation Custodia, un enchevêtrement de racines et de branches occupe le centre du petit tableau. Une grande masse rocheuse claire monte derrière lui à gauche, tandis que des surfaces plus bleues et grises ouvrent le fond. Quelques touffes vertes apparaissent près du bois. Le bas comporte des zones très claires et moins travaillées. Les lignes tortueuses des racines se distinguent ainsi de plans rocheux plus larges. Le motif semble saisi à courte distance, avec une attention particulière à la rencontre des matières.
Le catalogue rappelle la récurrence des arbres abattus ou déracinés dans les esquisses alpines de Diday. Dans ses grandes compositions, les troncs peuvent participer à la force dramatique d’un paysage. Ici, leur proximité change le regard. La souche ne se réduit pas à une silhouette qu’on aurait besoin d’identifier rapidement pour avancer vers un sommet. Ses lignes se croisent, reviennent et divisent l’espace. Le visiteur peut les suivre pour elles-mêmes, avant de chercher un horizon. Le petit tableau transforme un élément de paysage en une rencontre prolongée avec une forme.
La différence d’échelle est aussi une différence de tâche. Le MCBA décrit, pour les grandes vues de Diday, une composition d’atelier nourrie par des études réalisées devant la nature. Une étude peut fournir un détail; elle peut également conserver l’intensité de l’observation qui l’a produite. Rien dans la notice ne permet de relier cet Arbre déraciné à un tableau monumental précis. Sa valeur ne dépend donc pas d’un tel raccord. Il peut être regardé comme un travail qui possède déjà une organisation, des couleurs et une façon singulière de distribuer l’attention.
Le témoignage de l’artiste donne à cette autonomie un poids humain. Dire que les études comptent, c’est reconnaître la valeur de moments où le peintre s’est arrêté devant quelque chose. Nous ne connaissons pas celui qui aurait été consacré à cette souche, ni sa durée exacte. La toile rend toutefois perceptible une concentration : les changements de matière importent, les directions du bois demandent à être distinguées, le fond soutient le motif sans tout décrire. L’œuvre garde moins un récit d’action qu’une décision de regarder une forme assez longtemps pour qu’elle devienne peinture.
L’attribution ouverte n’annule pas cette rencontre. Elle nous oblige simplement à tenir ensemble deux expériences : regarder ce qui est présent et savoir ce qui demeure à établir. On peut reconnaître une parenté avec les études de Diday sans prétendre que cette reconnaissance équivaut à une preuve définitive. Le catalogue offre une proposition de lecture soutenue par des rapprochements, et nomme honnêtement son degré de certitude. Cette prudence donne au petit tableau une histoire actuelle, faite aussi de recherches, d’inscriptions à examiner et de comparaisons à poursuivre autour d’un objet conservé.
Lorsque l’œil revient au centre, l’arbre tombé paraît moins un signe de destruction qu’un ensemble de lignes que la peinture a choisi de retenir. Cette impression relève du regard; elle ne remplace pas l’attribution ni le témoignage de Diday. Elle les rejoint modestement. Le peintre défendait ses études, et un musée nous invite aujourd’hui à prendre celle-ci au sérieux. La chute du récit tient dans ce changement de valeur : ce qui aurait pu rester un morceau de bois au bord d’un chemin devient une petite œuvre devant laquelle on peut encore s’arrêter.
